Italie : omerta e fatalismo

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DES PROFESSIONNELS DÉDAIGNEUX

Si nous avons ci-dessus détaillé les pistes évoquées par les forumeurs, c’est que nos amis italiens n’ont malheureusement guère pu recueillir d’explications de la part des éditeurs ou distributeurs.

 

  • 01 Distribution : filiale de la RAI, cette entreprise est la première à avoir été contactée mi- 2015. En effet, elle a produit le « patient zéro » italien massivement défectueux, le fameux « Operazione Valchiria » (pressage Sonopress).

Par Facebook, elle a d’abord produit 2 types de réponse « standard » à plusieurs internautes.

Réponse 1 :

Nous n’avons trouvé aucune anomalie sur le blu-ray du film « Opération Valkyrie ». Si votre Blu-ray est défectueux, vous devez vous rendre chez le détaillant avec le reçu, tester le produit auprès du détaillant et demander un remplacement, conformément à la procédure normale pour tout produit acheté qui ne fonctionne pas.

Réponse 2 :

Nous avons vérifié le master à partir duquel les copies ont été faites au laboratoire. Il ne présente aucune erreur ni aucun problème. Si votre produit rencontre un problème, il existe de nombreuses causes possibles. Nous pensons donc que peut-être, si vous vous souciez d’avoir le titre chez vous dans votre vidéothèque qui fonctionne parfaitement, peut-être faut-il procéder à un nouvel achat et vérifier instantanément le bon fonctionnement du produit. 

Un internaute plus insistant ayant fait remarquer que les signalements de défectuosités étaient nombreux sur le forum, une 3ème réponse lui a été envoyée:

Nos contrôles ne se basent pas sur un forum, mais sur les ventes et « retours » en points de vente et grandes surfaces. S’il y avait un problème en amont, les « retours » seraient tels qu’il faudrait récupérer la copie et remastériser le produit. Le problème étant limité à quelques achats, le remplacement du produit s’effectue de la manière normale prévue par le législateur, c’est-à-dire que dans les 30 jours, vous deviez vous rendre au magasin avec le reçu et demander le remplacement du produit défectueux. 

Ce même internaute insistant encore, il a obtenu cette dernière réponse :

Nous ne sommes pas autorisés à remplacer un disque défectueux pour des causes non attribuables à l’encodage 01 DISTRIBUTION. Les conditions de remplacement du produit sont les conditions juridiques de tout produit de grande consommation. Après cette date, aucun dommage n’est imputable au revendeur et/ou au distributeur.

Nous retrouvons ici l’attitude, bien connue aussi en France, de l’éditeur qui estime qu’il n’y a pas de problème (arguant que le MASTER du film est sain !!) et noie consciencieusement le poisson en renvoyant sur les revendeurs ou en arguant de la garantie légale. Avec même le conseil de racheter le disque ! Autant dire que si vous avez des titres 01 Distribution, tout échange est à oublier.

 

  • Universal Italia : les internautes ont eu plus de chance avec cet éditeur, notamment de « Bastardi Senza Gloria » (Sonopress), autre titre emblématique objet de plusieurs dizaines de défectuosités. Universal a très aimablement procédé à l’échange des disques par une nouvelle édition, sans toutefois donner d’explication.

Nous sommes désolés que vous rencontriez des problèmes et et nous aimerions vous aider en vous envoyant un autre exemplaire du BD. Si vous avez la gentillesse de nous donner votre adresse, nous serons ravis de vous en envoyer un exemplaire

Il apparaît plus globalement qu’Universal a été très coopératif dans l’échange de ses quelques titres défectueux, parmi lesquels, comme en France, les 3 inévitables « Ritorno al Futuro » (Sonopress). Ces échanges semblent toutefois s’être arrêtés fin 2018-début 2019 (comme en France).

 

  • One Movie, Sony, Paramount, Anime Factory, Yamato Video : pas de réponse.

 

  • Un professionnel contacté par un internaute (lequel n’en a hélas pas indiqué l’identité) a fourni l’explication la plus engagée. Voici le texte posté par l’internaute sur le forum :

Ce matin, une entreprise produisant des supports optiques m’a envoyé un courriel. En voici un extrait :
Il existe plusieurs facteurs dans la composition chimique des matériaux et dans le processus de production utilisé, qui peuvent changer avec le temps et rendre le support illisible, de même que le stockage à des températures élevées. Mais à ce jour, il n’existe aucune donnée sur le temps, et la méthode la plus sûre de conservation dans le temps est la pellicule.

Une réponse « entre deux », empreinte d’un certain fatalisme, et qui peut faire penser aux propos de Sonopress en Allemagne : avec le temps, il arrive que des BD se dégradent, et puis voilà …

On notera globalement que la résine n’est pas invoquée par les professionnels italiens. Ni rien d’ailleurs. L’attitude générale est de nier le problème ou de ne pas répondre (ce qui revient au même). Universal se distingue, mais s’il remplace, il ne donne pas d’explications. Et le seul professionnel « anonyme » qui répond évoque des causes inconnues. On a connu plus précis.

 

LA RÉSIGNATION

Devant les réactions peu encourageantes des professionnels, les BDphiles italiens ont assez vite été refroidis et ont adopté un certain fatalisme. Ne pouvant compter que sur eux-mêmes, ils se positionnent plus en « mode constat » qu’en « mode revendication ».

« Comme nous pouvons le voir, personne ne garantit que les disques optiques sont éternels. Alors apparemment … tôt ou tard, pour diverses raisons …. nos disques bien-aimés nous quitteront. Honnêtement, ce n’est pas une bonne nouvelle. » (sic)

Ils semblent avoir pris leur parti des défectuosités, et ont majoritairement préféré racheter une nouvelle édition lorsque c’était possible (d’autant que les prix sont moins élevés qu’en France) ou attendre la sortie du titre en UHD, dans l’espoir que les problèmes relèvent du passé. D’autres ont décidé de ralentir leurs achats, de boycotter certains éditeurs, ou même de ne pas vérifier leur collection. La piste de la dématérialisation n’apparaît pas être une solution, puisque là aussi, pour des raisons de catalogue, les titres peuvent devenir indisponibles !

Tout ceci sans animosité, et même avec un certain recul, car comme l’indique le créateur du thread :

« Je suis de l’idée que le disque optique est le support le plus durable qui existe aujourd’hui. »

 

ITALIE VS FRANCE

Il n’existe en Italie aucune explication officielle. L’omerta des professionnels est quasi-totale. Nous l’avons certes connue en France avec certains éditeurs (M6, Europacorp notamment). Mais nous avons eu la chance que deux presseurs (QOL et MPO) reconnaissent des erreurs, et par la suite, que plusieurs éditeurs leur emboîtent le pas (bon gré mal gré) et procèdent à des échanges. En Italie, niente. Il faut dite que l’environnement y est moins favorable : pas de presseur spécifiquement italien, peu d’éditeurs/distributeurs, rareté des médias consacrés aux BD.

Ceci a conditionné l’esprit italien. Autant les Français se sont montrés exigeants (voire parfois vindicatifs) vis- à-vis des professionnels, autant les Italiens ont vite été découragés et sont devenus plus fatalistes. Et le problème n’a guère été ébruité au-delà du cercle restreint des forumeurs.

En conséquence, les Italiens n’ont pu qu’émettre des suppositions. Elles sont multiples. Dans le doute, ils se sont techniquement tournés vers les explications les plus couramment admises, en particulier l’explication française. Ainsi, la résine arrive en « pole position », sans que d’autres problèmes de pressage soient pour autant écartés.

Plus nettement que la France toutefois, ils mettent l’accent sur l’incompatibilité BD-lecteurs ou des problèmes matériels pour expliquer des cas « entre deux ». Chez nous, le « tout-résine » nous fait parfois oublier ce point essentiel. Les « newbies » qui découvrent un problème en 2022 l’attribuent automatiquement à la résine, sans envisager d’autres pistes. Pourtant, les anciens se souviendront qu’au début des années 2010, les incompatibilités -largement rapportées sur les forums- étaient nombreuses, et même si des nouveaux firmwares ont résolu nombre de cas, il reste qu’aujourd’hui encore, tous les matériels ne lisent pas tous les disques. C’est en quelque sorte ce « rappel à la prudence » qui est le principal enseignement de notre voyage transalpin.

 

POUR CONCLURE…

Parole aux intéressés, la vision italienne étant joliment résumée dans cette phrase poétique postée sur le forum,

« Come scriveva il Sommo Poeta… lasciate ogni speranza voi ch’intrate (nel topic) »

Référence à La Divine Comédie de Dante Alighieri, et que l’on peut traduire par:

«  Comme l’a écrit le Poète Suprême … abandonnez toute espérance, vous qui entrez ici (dans le topic) »

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Vivaldi21

Je suis un cinéphile, pendant 40 ans j’ai vu en moyenne 150 à 200 films par an en salle, j’ai écrit dans des revues locales, j’ai fait des émissions à la radio ou animé des séances de «ciné club», et je crois bien connaître le cinéma, surtout celui dit «de répertoire»

Une réflexion sur “Italie : omerta e fatalismo

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