Italie : omerta e fatalismo

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Après avoir évoqué la situation en Allemagne, nous nous sommes intéressés à celle de notre voisin italien.

Elle est essentiellement décrite sur le forum du site AVMagazine.it, dans un thread de 91 pages qui recense entre 33 et 108 titres, selon la définition que l’on donne à « défectueux » (voir infra). Les autres sources sont quasi-inexistantes (à part un article qui traite du rot de façon plus générale). Ce sont surtout les BDphiles de AVMagazine qui ont mené la réflexion, sans guère recueillir d’écho auprès des professionnels ou des médias.

Reprécisons que nous présentons un raisonnement et une façon d’approcher le problème dans un pays étranger, et non pas une vérité.

(Les traductions sont issues de Google Traduction et DeepL)

 

LA SITUATION ITALIENNE

Les premiers signalements sur AVMagazine remontent à avril 2015, sur des threads généralistes commentant l’édition de  tel ou tel film en BD. Des remarques éparses de dysfonctionnements, qui au début n’ont pas éveillé l’attention. Jusqu’à ce que de plus en plus d’utilisateurs remarquent de gros problèmes avec le BD « Operazione Valchiria », qui s’est rapidement avéré massivement défectueux. Dès lors, la problématique a pris de l’ampleur, les vérifications se sont étendues à d’autres titres, et un thread spécifique a été créé en août 2016.

Ce thread s’est voulu d’emblée très précis. En effet son créateur avait auparavant fait des recherches et constaté que des problèmes de pressage avaient été mis en évidence en France, ainsi qu’aux États-Unis avec l’affaire Criterion. Compte tenu de ces précédents, le thread s’est immédiatement orienté sur la piste des presseurs et sur une recherche des codes IFPI. Nous sommes donc loin de la situation allemande. Autant les Allemands étaient/sont en recherche de causes, autant les Italiens les ont posées très vite.

De même, le thread s’est voulu rigoureux dans l’établissement d’une liste de titres défectueux. Le parti pris a été de ne prendre en compte que les disques qui ne fonctionnaient pas/plus chez au moins DEUX UTILISATEURS DIFFÉRENTS. Ne sont donc pas « officiellement » retenus les disques ne fonctionnant pas chez un seul utilisateur (même sur plusieurs platines), ou ceux fonctionnant partiellement ou aléatoirement (blocages, pixellisations, sautes, etc …). Des analyses VSO ont également été effectuées.

Sur cette base, le thread recense 33 titres défectueux, allant de 2007 à 2014, détaillés sur sa première page. Les presseurs en sont : Sonopress 18, Sony 4, Technicolor 3, Cinram 2, Infodisc 1, non déterminé 5 ( NB : il n’existe pas de presseur spécifiquement italien).

Hormis ces 33 titres, les contributeurs du thread font mention de 75 autres titres qui présentent des problèmes d’illisibilité totale ou partielle, d’une quinzaine de titres esthétiquement suspects, et de 5 titres 4K. Nous les avons recensés ici : Liste de titres défectueux – Italie – AVMagazine.it

Nous ne rappelons plus les symptômes repérés, strictement identiques à ceux relevés en France et maintenant bien connus.

 

DES INTERNAUTES RÉFLÉCHIS

Comme indiqué ci-dessus, les forumeurs se sont d’emblée tournés vers la piste des erreurs de pressage, très largement majoritaire dans le raisonnement italien.

1. Pour les 33 titres « officiels », deux hypothèses essentielles sont privilégiées, qui ont pour point commun  « l’utilisation d’un lot de matériaux défectueux qui rendait le support instable dans le temps. » (sic)

-La première hypothèse, majoritaire, est l’hypothèse française : une couche de résine défectueuse placée entre entre les deux couches de données des BD 50 entraînerait l’oxydation lente de la couche métallique réfléchissant le laser. A un moment, cette couche deviendrait trop détériorée pour que le laser puisse en lire les données.

-La seconde hypothèse : une couche de protection défectueuse, soit de mauvaise qualité, soit mal appliquée. Cette couche pourrait alors se dégrader sous l’effet de phénomènes extérieurs (humidité, oxygène), et entraînerait l’oxydation de la couche métallique, de la même façon que ci-dessus.

On notera que cette dernière explication fait en quelque sorte le lien entre les 2 couches mentionnées comme problématiques en Allemagne, puisqu’ici, la défectuosité d’une couche (protection) entraîne la défectuosité de l’autre (métallique).

Plus globalement, certains incriminent une abaissement du niveau général de qualité des matières premières utilisées en pressage, pour réduire les coûts et être plus compétitifs, avec la crainte que la recherche d’économies s’accentue dans les années à venir.

D’autres se montrent plus prudents, invoquant plutôt des problèmes matériels sur une ligne de production ou quelques machines, estimant que sinon, le problème serait plus vaste.

« S’il s’agissait d’un lot de matériel défectueux comme des polymères ou des résines de mauvaise qualité, les dégâts auraient probablement été plus importants car cela aurait impliqué plus de lignes de production. » (sic)

Enfin, certains estiment qu’une erreur de production est toujours possible et qu’il faudrait un échantillon plus important pour tirer des conclusions précises.

Les rots précédents sur d’autres supports sont bien sûr évoqués, avec le constat que les CD et DVD tiennent mieux la distance. Plus y il a de couches sur un support -et le BD n’en manque pas – plus les risques de défectuosité apparaissent élevés.

 

2. Pour les 75 titres « non officiels », (défectuosité chez un seul utilisateur, lancement aléatoire, arrêt en cours de lecture, pixellisation, gel d’image, …), le forum ne souhaite pas les attribuer à des erreurs de pressage. Pour ceux-ci, la piste privilégiée est de penser à des problèmes induits par le couple BD-lecteur : incompatibilité entre certains BD et certaines platines, problèmes de changement de couche, bloc optique fatigué ne réparant plus toutes les erreurs, protection AACS. Il est souvent rappelé qu’un certains nombre de problèmes peuvent venir de ces facteurs, ce qui amène ce constat de bon sens :

« si ceux qui font les disques et ceux qui font les lecteurs respectaient une norme précise, on n’aurait peut-être pas beaucoup de ces problèmes. » (sic)

 

3. Si le forum est sérieux et prudent dans son approche, il développe cependant une idée à notre sens erronée, concernant la temporalité de dégradation des disques, résumée dans cette phrase : « La période d’incubation des disques devenus illisibles est d’environ 7 ans depuis leur sortie. Après l’âge de 7 ans, ils devraient être immunisés et rester stables. » (sic)

Ce qu’un autre internaute résume joliment par : « Bref, la classique crise de septième année… »

Cette idée est très présente en Italie: de leurs constats, un BD qui passerait le cap des 7 ans sans encombres serait sauvé. Nous savons hélas d’expérience qu’elle est erronée, plusieurs personnes en France (dont l’auteur de cet article) ayant constaté des BD devenus défectueux au bout de 10 à 12 ans.

 

(Suite page 2) : DES PROFESSIONNELS DÉDAIGNEUX

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Vivaldi21

Je suis un cinéphile, pendant 40 ans j’ai vu en moyenne 150 à 200 films par an en salle, j’ai écrit dans des revues locales, j’ai fait des émissions à la radio ou animé des séances de «ciné club», et je crois bien connaître le cinéma, surtout celui dit «de répertoire»

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